Ma sieste du mardi

Ma sieste du mardi

15 juillet 2026Sieste

Le mardi, c'est sacré pour moi. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs — peut-être parce que c'est pile au milieu de la semaine, ce moment où le chaos familial atteint son apogée et où tout le monde a besoin de calme. Et moi, je suis LA spécialiste du calme. Enfin, du calme précédé d'une frénésie de mouvement.

Mais parlons de cette sieste. Tout commence vers 14h, quand la maison se vide un peu. Le soleil entre par la fenêtre du salon à cet angle particulier qui rend tout doré et tranquille. C'est le moment. Je commence mon rituel.

D'abord, il faut choisir le coussin. Oh, le choix ! Je ne peux pas prendre n'importe lequel. Le gris ? Non, il est trop ferme. Le beige ? Il sent encore le détergent. Le rose avec les petits carrés blancs ? C'est celui-là. Celui qui a exactement la bonne densité, qui épouse mon petit corps de lapin sans m'enfoncer complètement, qui sent bon la maison et le confort. Je le traîne depuis la cuisine jusqu'au salon, le mets dans le coin ensoleillé, et je l'arrange avec mes petites pattes jusqu'à ce qu'il soit parfait.

Ensuite vient la position. C'est un art, vous savez. Sur le dos ? Non, trop vulnérable. Assise droite ? Trop alerte. Allongée sur le flanc gauche ? Presque. Mais avec les pattes avant repliées, juste ce qu'il faut de tension pour que mes muscles se détendent progressivement. La tête légèrement relevée, mais pas trop — juste assez pour voir la porte au cas où il se passerait quelque chose. Les oreilles ? Elles restent pointées, mais détendues. C'est difficile à expliquer, mais c'est comme quand vous êtes entre deux mondes — consciente mais absente.

La lumière est parfaite à ce moment de la journée. Elle vient de l'ouest et elle crée ces ombres longues et molles qui rendent tout comme dans un rêve. Les poussières dansent dans les rayons et j'aime les regarder passer. Elles me rappellent que le monde bouge, même pendant que je me repose.

Autour de moi, la maison s'apaise. Les bruits du matin — la machine à café, les portes qui claquent, les voix — ont disparu. Maintenant c'est juste le tic-tac de la pendule, le bourdonnement du réfrigérateur qui respire, et parfois une voiture qui passe dehors. Ces sons deviennent comme une berceuse, preuves que je suis en sécurité, que quelqu'un veille, même si personne ne m'observe directement.

Je commence à sentir ma respiration ralentir. Mon petit cœur, qui battait vite après mes explorations du matin, reprend un rythme normal. Mes pattes avant commencent à se détendre. Il y a ce moment — merveilleux — où les paupières deviennent lourdes. C'est comme si quelqu'un fermait doucement les volets de mes yeux, une paupière à la fois.

Et puis, les rêves viennent. Oh, les rêves du mardi ! Ils ne sont jamais pareils. Parfois je rêve que le jardin est devenu une forêt infinie de carottes géantes et que je les mâche sans fin. D'autres fois, je rêve que je vole — oui, vole — au-dessus des toits du quartier et que j'explore des espaces que mes petites pattes ne pourront jamais atteindre. Et puis il y a les rêves où je suis accompagnée, où ma famille est là, et où tout est parfait et sûr et chaud.

Ce qui m'intrigue, c'est cette question : qu'est-ce qu'un lapin pense vraiment avant de s'endormir ? Je pense que nous pensons à la sécurité. À la chaleur. À la sensation d'être aimé. Un chien pense peut-être à l'aventure, à la conquête. Mais un lapin ? Un lapin pense à l'endroit où il peut être vulnérable sans danger. C'est un privilège, vous savez, de pouvoir dormir profondément. Ça signifie que je fais confiance à cette maison, à ces gens qui vivent ici.

Les siestes du mardi sont particulières parce qu'elles ont un goût de culpabilité délicieuse. Le mardi, ce n'est pas le week-end — techniquement, je ne devrais pas être endormie à 14h. Mais voilà, je me repose quand même. Et pendant ce temps, ma conscience de lapin — car oui, nous avons une conscience — s'amuse du contraste entre ce que je devrais faire et ce que je fais réellement.

Après environ deux heures, je commence à m'éveiller lentement. Pas brusquement. Doucement, comme si le monde me reprenait par la main. D'abord, c'est le bruit qui m'atteint — une porte qui s'ouvre, des pas qui approchent. Puis mon corps prend conscience de lui-même à nouveau. Oh, je suis raide ! Mes pattes sont engourdies. Il y a cette sensation délicieuse d'étirement quand tous mes muscles se réveillent en même temps.

Et puis je me lève. Pas avec précipitation. Avec cette grâce particulière qu'ont les lapins, cette fluidité comme si nous glissions plutôt que de marcher. J'étire mes pattes arrière — oh, c'est bon ! — et mes oreilles se redressent progressivement à la verticale.

Je suis reposée. Vraiment reposée. Comme si pendant ces deux heures, quelqu'un avait appuyé sur un bouton de réinitialisation en moi. Oui, je pourrais retourner à mes explorations. Oui, je pourrais manger des feuilles de laitue et terroriser le sous-bois. Mais en cet instant, pendant quelques minutes, je suis juste... présente. Consciente. Vivante de cette vie tranquille.

Voilà ce qu'est une sieste du mardi pour moi. Ce n'est pas juste du sommeil. C'est une philosophie. C'est la preuve que la vie n'est pas que conquête et action. Parfois, c'est aussi repos, sérénité, et cette sensation d'être exactement où on devrait être.

Et c'est pour ça que j'aime le mardi.

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